Tous au travail
Les candidats à l’élection présidentielle n’ont que ce mot à la bouche « le travail ». Certains veulent le protéger, d’autres en réduire sa fiscalité mais bien peu aujourd’hui en analysent son contenu, son évolution et sa finalité.
Notre économie est pourtant majoritairement tertiaire et le travail au sein de ce secteur est beaucoup moins palpable que celui de l’industrie ou de l’agriculture. A une heure où le constat sur le réchauffement climatique suscite tous les débats pour aller vers un développement durable de notre économie, il convient de réfléchir sur le sens actuel de notre organisation du travail où le déplacement professionnel représente un poids de plus en plus important alors qu’il n’a jamais été aussi peu utile. Aller au travail, c’est-à-dire se déplacer vers le lieu où l’on est censé travailler se confond trop souvent avec le verbe « travailler ».

Un trajet domicile-bureau allongé par la bulle immobilière.
Le travailleur type de ce début du XXIème siècle prend sa voiture très tôt le matin pour échapper aux bouchons. Il habite le plus près possible de son travail mais il a également été contraint de s’en éloigner pour des raisons qui lui sont propres et notamment en raison du coût de l’immobilier ou tout simplement parce que son entreprise a déménagé ou qu’il a changé de travail. Le trajet domicile-bureau représente souvent ainsi entre 10 et 20 % du temps de « travail ». Ce pourcentage s’est encore accru avec la réduction du temps de travail qui a mécaniquement augmenté la proportion du temps passé dans les transports.
Des cadres de plus en plus « nomades » par la mondialisation de l’économie.
Dans une économie mondialisée, le cadre se trouve encore dans une situation plus grave quand on prend en compte le besoin de partir en mission au sein de son entreprise ou pour des relations avec des tiers. Son temps productif peut-être ainsi réduit à moins de 35 heures par semaine alors qu’il arrive exténué après une semaine de plus de 40 heures de déplacement. Si pourtant on l’interroge sur l’essentialité de ses déplacements à l’heure où les technologies permettent de les éviter, il aura bien souvent du mal à avouer qu’il s’y est bien adapté et qu’il ne les réduirait pas volontiers.
En effet, les 40 heures de déplacement échappent à tout contrôle visuel qui était le cas au bureau et pendant tout ce temps il est considéré bien plus productif que s’il était resté à son domicile par principe même de l’effort consenti. En outre, il reste difficilement joignable et mobilisable pour une tâche particulière. La fatigue du déplacement est donc progressivement remplacée par un attrait de l’absence de mesure.
Les fournisseurs de technologie ont bien saisi là l’opportunité de développer leurs solutions autour du phénomène du « nomadisme ».
Ces solutions ont beaucoup d’avantages pour leurs utilisateurs et pour leurs fournisseurs :
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Elles permettent de donner aux cadres des avantages en nature ;
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Elles lui permettent aussi de donner des signes de productivité lors de ces déplacements sans pour autant l’obliger à être réellement productif;
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Elles utilisent des moyens technologiques sophistiqués et donc coûteux comme les communications internationales en norme GSM.
De même les compagnies aériennes ont bien développé les moyens d’incitation aux déplacements avec les cartes de fidélité dont les avantages sont directement ressentis par les employés en déplacement.
Un paradoxe, le télétravail pratiqué par les cadres qui aiment le déplacement
Le nomadisme s’est tellement développé que le recensement des télétravailleurs se confond aujourd’hui avec celui des travailleurs nomades. Il est paradoxal que les fervents défenseurs du besoin d’aller au contact et de se déplacer sont des cadres qui pratiquent énormément le travail à distance mais dans un contexte qui ne permet pas d’en supporter ces désagréments : obligation de résultats, absence de perte de temps, contrôle effectif de l’activité. Le nomadisme est un mode dégradé du travail à distance car il utilise des moyens dont l’efficacité ou le coût ne peuvent égaler celui d’un poste fixe utilisé pour travailler à distance.
Dans une économie largement dématérialisée avec des technologies de collaboration arrivées à maturité, le travail à distance se doit être un mode reconnu et largement déployé. Il ne peut être confondu avec le nomadisme qui reste un mode de travail dégradé. Il consiste à éviter bien au contraire le déplacement sous toutes ces formes :
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Réduire les déplacements professionnels pour mission en créant des places d’organisation virtuels pour les projets ou les processus. Ceci conduit en outre à des décisions plus rapides et à une gestion plus simple de l’affectation des ressources humaines.
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Réduire le temps de présence au bureau en favorisant les postes en télétravail. Ceci conduit à réduire les trajets domicile-bureau et la surface des bureaux.
Des entreprises comme Sun ou IBM et plus récemment Renault ont décidé de conduire la réforme de leur organisation dans ce sens. En procédant ainsi en pionnières, elles ont l’avantage de vendre leurs surfaces de bureau à un moment où les prix sont très élevés. Elles permettent aussi de à leurs employés de gagner environ 30 % de productivité.
Ne nous leurrons cependant pas sur la difficulté de mise en œuvre à grande échelle de ce type d’organisation. Cela nécessite de rompre avec tous les acquis culturels du management tels que :
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Les gens au bureau travaillent plus qu’à la maison;
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Un cadre en déplacement est un cadre efficace;
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Pour gagner la confiance, il faut aller sur le terrain;
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Les bonnes réunions se font en face à face;…
Les propos que nous tenons ici ne sont plus contestables au dire de tous les spécialistes mondiaux du management et cette évolution est un véritable enjeu des dix prochaines années.
Nous invitons donc toutes les entreprises à lancer au plus vite ces chantiers de réforme qui vont prendre du temps mais qui ont l’avantage de donner des résultats économiques immédiats sur tout le périmètre déployé. Nous préconisons une approche en 3 étapes :
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Expérimentation, autour d’un micro-périmètre de l’organisation constitué d’acteurs volontaires dans le but d’illustrer et de démontrer la faisabilité technique et managériale ;
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Pilote, autour d’un processus clé de l’entreprise dans le but de mesurer les enjeux, d’intégrer le retour d’expérience des pionniers et de communiquer largement au sein de l’entreprise
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Déploiement, en incitant chaque individu à rentrer dans le nouveau schéma organisationnel. N’oublions pas que cette démarche passe nécessairement par des incitations individuelles explicites car l’effort devra nécessairement venir d’eux, la technologie n’étant plus un obstacle.
