juin 22 2007

Le BlackBerry améliore-t’il l’efficacité ?

Jacques Le Ny | Category: Nouvelles technologies de collaboration, Nomadisme, Organisation du travail | 2 Comments

BlackBerryLes cadres, toujours à l’affut du dernier objet qui témoigne de leur position hiérarchique, se sont emparés du terminal BlackBerry. Il leur permet de recevoir ou envoyer des courriels et de téléphoner quelque soit l’endroit où ils se trouvent en utilisant le réseau de téléphonie mobile (GSM/GPRS ou UMTS).
Si l’objet est séduisant, c’est qu’il répond parfaitement au syndrôme que nous avons déjà décrit dans un article précédent sur « l’information worker » : « je suis au travail, je peux te répondre succinctement mais visiblement en déplacement donc ne compte pas trop sur moi pour t’aider quand même ».
Ce message standard implicite permet au cadre mobile de se dédouaner de son absence du bureau. Il peut ainsi vaquer à son occupation favorite, le déplacement pour réunion tout en donnant l’illusion de son efficacité et de sa disponibilité. Il s’agit en effet de la réduction du temps de présence sans risque d’être pris pour un télétravailleur.
Les Directeurs informatiques aiment également le BlackBerry car il leur évite le travail de déploiement de la connexion VPN qui permet de récupérer ces mails de n’importe quel accès Internet. Le VPN est en effet plus lourd à déployer et nécessite un peu de formation.

Outre le fait qu’on peut s’interroger sur la réelle efficacité du cadre mobile, Il y a plusieurs inconvénients majeurs au déploiement de ce genre d’outil :

- Il contribue à améliorer l’image du déplacement car l’on reste connecté et joignable et donc « efficace » malgré les temps perdus dans les transports ;

- Il conduit à un surcoût car ce service supplémentaire s’ajoute à la téléphonie mobile déjà très coûteuse.

- Il repose exclusivement sur l’e-mail dont on connaît les graves inconvénients en matière d’efficacité dans le travail collaboratif : non structuré, conduisant à des interprétations selon la qualité de la communication, mélange de formel et d’informel, etc…

Les ministres qui ne coupaient pas à l’effet de mode se sont heureusement vus refusés son usage par le secrétariat général de la défense nationale pour des raisons de sécurité insuffisante.
Non, toutes les technologies de l’information ne sont pas bonnes pour l’efficacité du travail : le BlackBerry en fait partie malgré son succès.

juin 20 2007

Peut-être une meilleure compréhension des enjeux du travail à distance ?

Jacques Le Ny | Category: Télétravail, Développement durable, Organisation du travail | 0 Comments

Jean-Louis BorlooAlain Juppé est remplacé par Jean-Louis Borloo qui reste ministre d’état. Ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle car Mr Borloo a occupé des fonctions dans le domaine de l’emploi, du travail et de la cohésion sociale. Malgré un CV assez mince dans le développement durable en dehors du fait qu’il avait créé en son temps le mouvement génération écologie, espérons que Jean-Louis Borloo puisse amener une politique qui remette l’organisation actuelle du travail dans sa part de responsabilité face aux enjeux du développement durable.

Avec un mandat s’étendant au transport et à l’aménagement du territoire, il aura avec les appuis respectifs de Nathalie Kosciusko Morizet et Dominique Bussereau beaucoup de compétences et de pouvoir pour faire changer nos comportements et promouvoir des manières modernes de travailler.

juin 19 2007

Le retour d’expérience d’une entreprise qui met en place le télétravail

Jacques Le Ny | Category: Télétravail | 1 Comment

télétravailleurVous avez peut-être lu dans le Monde de ce soir deux articles relatifs au télétravail. Après avoir été compris comme un mode désuet au profit de la mobilité, on le voit en effet de nouveau s’imposer comme une vraie tendance d’organisation comportant bien des avantages.

L’entreprise Sneda citée dans l’article du Monde est une SSII Nantaise de 120 salariés spécialisée dans l’édition de logiciels de gestion patrimoniale. Elle a signé en décembre de l’année dernière, un accord de télétravail. Les objectifs visés étaient d’appréhender une nouvelle dimension de la relation au travail en matière de temps et d’espace, de clarifier le cadre juridique d’un mode d’organisation qui se mettait déjà en place à partir de quelques cas d’emploi mais enfin aussi d’abaisser les coûts de l’immobilier. Les économies de bureau engendrées par les employés en région sont partagées avec les employés à hauteur de 60 à 70 Euros/mois. Ceux du siège n’ont le droit qu’à une modeste prise en charge de des frais de connexion Internet, ce qui est somme toute la moindre des choses. 15 salariés sont déjà passés en télétravail et une dizaine de demandes sont en cours d’examen.
Il semble que les consultants s’adaptent mieux au travail à distance de par leur plus grande capacité d’autonomie. Les managers ont, quant à eux, plus de mal à appréhender le travail collaboratif et à apprécier la qualité du travail. Le PDG, Mr Maillot précise que le télétravail ne fait que mettre en lumière le besoin de mettre à plat l’évaluation de performance et de l’appréhender de manière plus rationnelle. Le télétravail ne serait-il pas messieurs les managers une manière de remettre du rationnel dans votre organisation et donc d’améliorer votre productivité ? La Sneda réfléchit également à mettre en place une pause café virtuelle pour maintenir le courant informel dans l’entreprise.

Ce retour d’expérience cité dans le Monde montre bien que les entreprises fondées sur un mode d’organisation classique ont beaucoup plus de mal à transformer leurs pratiques et leurs modes d’organisation. Les entretiens dans cet article ont été menés au niveau de la direction et des syndicats qui sont, comme chacun le sait, les plus attachés au statu quo. Citée comme une modernité par les journalistes, ce retour d’expérience fera quand même beaucoup sourire les milliers de petites organisations virtuelles créées depuis l’origine en mode télétravail et ayant depuis longtemps adopté des pratiques comme la pause café virtuelle. Si le télétravail n’est pas aujourd’hui considéré à sa juste hauteur par les entreprises installées, il pourrait bien à terme constituer une menace venant de celles, qui plus petites et créées en réseau virtuel, dépassent largement leurs ainées en compétitivité.

juin 11 2007

Le travail à distance commence à faire des jaloux

Jacques Le Ny | Category: Télétravail | 1 Comment

Au même titre que le changement climatique dérange un certain nombre de groupes d’intérêts, le travail à distance qui suscite de plus en plus d’engouement aux Etats Unis et en Angleterre commence à attirer les critiques. C’est ainsi que l’on trouve un récent article qui fait référence à une étude qui démontrerait que le télétravail serait en fait plus émetteur de CO2 que le travail au bureau. Cette étude a été en fait réalisée par des consultants qui sont spécialisés en environnement mais qui ne connaissent rien de l’organisation d’un télétravailleur.

Dans la série, on peut raconter n’importe quoi et faire dire aux chiffres ce que l’on veut, on trouve le raisonnement suivant : Une personne qui travaille à son domicile toute l’année rejetterait ainsi 2,38 tonnes de CO2 dans l’environnement contre 1,68 tonnes pour un employé de bureau typique. Quand on voit que le simple fait d’un trajet domicile-bureau génère entre 2 à 3 tonnes de CO2 à lui seul, sans compter les émissions dûes à l’espace de bureau, on a un peu de mal à trouver le même chiffre que ce cabinet conseil Anglais.

L’étude continue dans l’absurdité, peu de domiciles sont équipés pour ne chauffer qu’une seule pièce, et donc en général c’est la maison qui est chauffée intégralement. WSP Environmental, nous fait encore plus rire dans son incompétence en annonçant que « même l’ébullition d’une bouilloire pour une seule personne au lieu de plus de gens peut augmenter l’inefficacité du travail au domicile vis-à-vis des émissions de CO2. » Cette étude oublie de dire que dans beaucoup de situations de télétravail, aucun bureau n’est utilisé : c’est notamment le cas pour les petites entreprises de télétravailleurs, pour lesquelles les transports domicile-bureau n’existent pas et pour lesquelles les bureaux des domiciles ne sont pas climatisés mais au contraire subissent une gestion bien plus sage que celle de la dépense énergétique des bureaux.

Ne vous énervez pas, ce genre d’article ne fait que témoigner du succès grandissant de ce mode d’organisation qui commence à faire peur à des groupes d’intérêt.

 

juin 07 2007

L’offshore des services est-elle une solution viable ?

Jacques Le Ny | Category: Télétravail, Nouvelles technologies de collaboration, Organisation du travail, Société | 0 Comments

Depuis quelques années, les sociétés de service informatique confrontées à une érosion de leurs marges considèrent l’opportunité de délocaliser une partie croissante de leur développement en Inde ou plus généralement dans les pays où la main d’œuvre est de qualité et de surcroît très bon marché.
Au delà du calcul de rentabilité souvent mené superficiellement, cette approche est techniquement possible aujourd’hui avec la qualité des réseaux informatiques et les technologies de collaboration mais elle se heurte malgré tout à des difficultés réelles de mise en œuvre :

1-culture des développeurs qui vivent dans des conditions très différentes,

2-problématiques linguistiques alors que pour assurer les développements de qualité dans un délai court, il est nécessaire de se comprendre parfaitement et donc d’avoir l’habitude de travailler ensemble.

Cette délocalisation soulève en outre deux interrogations :

1-Pourquoi, le travail à distance n’était-il pas possible avec les prestataires dans l’hexagone alors qu’il devient attractif avec les Indiens ? le travail à distance effectué dans l’hexagone pourrait permettre de baisser les coûts d’au moins 30 % en employant des développeurs qui télétravaillent depuis leur domicile.

2-Que va devenir la compétence de développement informatique en France et quelle va être l’attractivité de la filière pour les écoles françaises d’Ingénieurs ? Il serait dommage également de suivre l’exemple des centres d’appels qui avaient été délocalisés plus tôt et qui reviennent maintenant dans l’hexagone en employant des prestataires à domicile pour retrouver de la qualité : mouvement de « homeshoring ». Dans le domaine du développement informatique, il ne sera en effet pas possible de faire de même car la montée en compétence est plus longue à retrouver.

A contrario, si les entreprises françaises acceptent de développer en France avec des prestataires travaillant à distance, elles permettent à ces derniers de développer leurs affaires non seulement en France mais aussi dans des pays pour lesquels les services informatiques sont réputés plus chers comme les pays anglo-saxons. Au lieu de faire partir la compétence, cette pratique permettrait de la développer.
Qu’en pensez-vous ?

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