Il n’est pas de jour où la presse ou le journal télévisé ne nous parle pas de l’impact de la montée du prix du pétrole comme étant le nouveau fléau de notre quotidien. Hier soir Ségolène Royal annonçait même qu’il fallait baisser la TVA sur les produits pétroliers sinon nous avions une période de rigueur indirecte imposée par le gouvernement actuel. Comment imaginer que cette personne ait pu être un jour secrétaire d’état à l’environnement et faire campagne en faveur des thèses du développement durable pour se retrouver à sortir des inepsies comme la baisse de la TVA sur le carburant. Son ex-mari François Hollande sortait récemment des propos similaires en faveur d’un chèque transport.
Au moins, les choses sont claires, ils ne pourront pas nous parler de leur engagement pour la planète après avoir sorti de telles idées. Le prix du pétrole monte en effet plus vite que ne baisse le dollar et cela se ressent sur le prix à la pompe. Il faut alors tout simplement se poser la question : ” Comment puis-je réduire ma consommation ?”.
Pour cela, il y a beaucoup de possibilités à notre portée :
rouler très calmement en allant au travail
retarder le départ au travail le matin en commençant par faire une partie chez soi. Cela est possible pour un nombre croissant de personnes à qui l’on a fourni un ordinateur portable avec un accès à distance VPN ou webmail. Le simple fait de retarder son départ permet d’éviter la période de pointe des bouchons.
emprunter les transports en commun qui utilisent une énergie électrique.
ne plus aller au bureau un jour par semaine en aménageant spécifiquement son agenda et en utilisant les systèmes de web conferencing et autres technologies collaboratives.
mettre en place le travail à distance de façon plus importante au sein de son entreprise.
Qu’attendez-vous pour réduire votre propre consommation plutôt que de pleurer sur le prix du carburant ?
La frénésie d’achats de produits fabriqués partout où l’on peut exploiter la misère du tiers monde commence à se retourner contre nous : ces pays accèdent peu à peu à un meilleur niveau de vie et souhaitent rapidement sortir de leurs mauvaises conditions de vie. Ils améliorent leur niveau de vie grâce aux consommateurs des pays occidentaux et se mettent à consommer.
Comme ils sont très nombreux, leur consommation influence très vite le prix de toutes nos matières premières telles que le pétrole et autres denrées alimentaires de base.
Nous voyons donc rapidement l’inflation contrer la stratégie de délocalisation. Pour réduire l’impact de l’augmentation des prix, les pays asiatiques en voie de très fort développement, ont recours à d’autres pays qui vivent encore dans la misère totale en exploitant les enfants comme ceux de l’Ouzbékistan. Les exigences de traçabilité des consommateurs relayés par les médias vont rapidement permettre de nous ramener à la raison en face de distributeurs uniquement centrés sur le profit.
En l’espace de 15 ans, nous avons complètement désindustrialisé les pays occidentaux en exploitant le tiers monde. Nous atteignons aujourd’hui un point de retournement de tendance et cela pourrait bien nous ramener progressivement des emplois à proximité des consommateurs.
D’ailleurs, le gouvernement voyant qu’il ne maîtrisait pas facilement le pouvoir d’achat s’est donc empressé de recentrer son argumentaire sur la diminution du chômage.
Si la France pouvait se réindustrialiser en raison d’un pétrole cher, il ne faut pas oublier le poids du pétrole dans notre économie tertiaire. Malgré le formidable essor d’internet et des hauts débits qui nous permettent de travailler à distance, notre économie tertiaire est toujours centrée sur «aller au bureau pour travailler ». Si le prix du pétrole augmente, les travailleurs-consommateurs vont voir leur budget de transport devenir trop lourd et ils vont réclamer des augmentations de salaire, ce qui réduira encore la compétitivité de notre secteur tertiaire.
La deuxième délocalisation est donc celle du tertiaire car contrairement à celle de l’industrie, celle-ci ne dépend pas du pétrole mais des réseaux dont on connaît le faible coût.
Mais l’on peut aussi voir cette menace comme une opportunité. Si les français savent tirer partie de leur éducation et s’organiser pour travailler à distance, ils deviennent indépendants du pétrole et peuvent donc augmenter leur pouvoir d’achat. Ils peuvent en outre saisir des marchés à distance vers des pays qui n’ont pas encore fait le pas et pour lesquels la main d’œuvre tertiaire est chère.
Il semble de plus en plus clair que l’industrie doit être locale et que le tertiaire doit être global pour un développement durable de notre économie. Ceci est précisément un retournement complet de stratégie par rapport aux quinze dernières années.
Une grève reconductible démarre ce soir et tout le monde pense qu’elle va bloquer l’économie française pendant une semaine. Cette grève porte sur le maintien d’avantages acquis pour prendre en compte la pénibilité lors des trains à vapeur en 1855. Aujourd’hui, l’innovation technologique a bien changé les conditions de travail des conducteurs de train mais elle a également changé celles des usagers. Une très grande partie des usagers des transports en commun est aujourd’hui constituée par des employés de l’économie de l’information. Alors que la technologie leur permettrait de travailler depuis chez eux sans dégradation de la qualité en utilisant Internet, ils continuent d’emprunter les transports avec des conducteurs qui eux pensent maintenir leurs avantages par leur caractère indispensable. Cette grève peut leur permettre d’amorcer une réflexion sur l’utilité réelle de leur déplacement.
Plutôt que d’essayer de résoudre ce conflit par tous les moyens de négociation, il est temps de communiquer sur le caractère non indispensable de se déplacer pour travailler. La grève devrait amorcer une réflexion sur la réorganisation plus large du travail.
La compétitivité de notre économie n’est en effet plus corrélée comme le prétend cet Article aux déplacements professionnels. Elle dépend bien davantage de notre capacité à tisser des liens sur toute la planète par le travail en réseau à distance.
Le travail 2.0 se définit comme :
- Travail en réseau avec création interactive de valeur. L’individu ne peut rester isolé dans sa création de valeur. Bien plus que le processus mis en avant dans les années 80, on parle aujourd’hui de travail en réseau interactif où la création de valeur vient de l’échange avec ses pairs.
- Travail neutre en carbone. Le récent Grenelle de l’environnement fait sourire par son déploiement de réunions ayant engendré des déplacements pour une production assez faible d’idées nouvelles. Il faudra bien pourtant innover dans ce domaine tant il est clair aujourd’hui que la planète n’est pas capable de soutenir nos modes de vie occidentaux généralisés à l’ensemble du monde.
- Travail résistant aux grèves des transport. La France en a grandement besoin. L’ampleur des réformes à mener dans la fonction publique doit absolument nous rendre indépendants de ces grèves.
- Travail sans retraite avec épanouissement et apprentissage continu. L’allongement de notre durée de vie met mécaniquement en faillite notre système de retraite. Il faudra donc changer l’image du travail aujourd’hui perçu comme une période pénible avant la retraite heureuse.
- Travail sans statut de salarié mais en logique d’entrepreneur. La flexibilité demandée par notre économie mondiale rend caduque bien des contrats de travail. Seules aujourd’hui, les grandes entreprises peuvent par leur taille résister à l’écart entre la rigidité du cadre d’emploi et l’agilité demandée par les clients. Or ces grandes entreprises ne sont plus les grands porteurs d’emploi.
- Travail fusionnel entre la technologie et l’homme qui permet d’associer le meilleur de chacun. La maturité vis à vis des technologies nous démontre que celle-ci ne remplace pas l’être humain mais elle lui permet de se dépasser à condition qu’il l’utilise à cette fin.
Au même titre qu’en 95 où l’on avait déjà vu s’amorcer des réflexions qui ont fait école sur “une autre façon de travailler”, cette grève doit permettre à chacun de faire un point sur son organisation du travail pour tourner enfin la page avec les grèves du 20ème siècle 7 ans après avoir passé l’an 2000.
Depuis quelques années, les sociétés de service informatique confrontées à une érosion de leurs marges considèrent l’opportunité de délocaliser une partie croissante de leur développement en Inde ou plus généralement dans les pays où la main d’œuvre est de qualité et de surcroît très bon marché.
Au delà du calcul de rentabilité souvent mené superficiellement, cette approche est techniquement possible aujourd’hui avec la qualité des réseaux informatiques et les technologies de collaboration mais elle se heurte malgré tout à des difficultés réelles de mise en œuvre :
1-culture des développeurs qui vivent dans des conditions très différentes,
2-problématiques linguistiques alors que pour assurer les développements de qualité dans un délai court, il est nécessaire de se comprendre parfaitement et donc d’avoir l’habitude de travailler ensemble.
Cette délocalisation soulève en outre deux interrogations :
1-Pourquoi, le travail à distance n’était-il pas possible avec les prestataires dans l’hexagone alors qu’il devient attractif avec les Indiens ? le travail à distance effectué dans l’hexagone pourrait permettre de baisser les coûts d’au moins 30 % en employant des développeurs qui télétravaillent depuis leur domicile.
2-Que va devenir la compétence de développement informatique en France et quelle va être l’attractivité de la filière pour les écoles françaises d’Ingénieurs ? Il serait dommage également de suivre l’exemple des centres d’appels qui avaient été délocalisés plus tôt et qui reviennent maintenant dans l’hexagone en employant des prestataires à domicile pour retrouver de la qualité : mouvement de « homeshoring ». Dans le domaine du développement informatique, il ne sera en effet pas possible de faire de même car la montée en compétence est plus longue à retrouver.
A contrario, si les entreprises françaises acceptent de développer en France avec des prestataires travaillant à distance, elles permettent à ces derniers de développer leurs affaires non seulement en France mais aussi dans des pays pour lesquels les services informatiques sont réputés plus chers comme les pays anglo-saxons. Au lieu de faire partir la compétence, cette pratique permettrait de la développer.
Qu’en pensez-vous ?
Le travail à distance qui se développe avec l’explosion du haut débit sur tout le territoire national aura certainement un impact très important sur l’aménagement du territoire.
Alors que l’on prédisait une urbanisation infiniment croissante, cette nouvelle tendance pourrait bien contribuer à redessiner l’aménagement de notre territoire. Si la technologie ADSL n’a pas vraiment remis en cause le déséquilibre ville-campagne, il n’en est pas de même avec les technologies fibre optique et Wimax pour lesquelles le surcoût de la distance n’est plus aussi déterminant.
Il est déjà possible de bénéficier du haut débit dans les zones à très faible densité en mettant en place la technologie Wimax à l’image de Zevillage dans l’Orne. Cette approche d’aménagement aurait des vertus réelles en matière de respect de l’éco-système si l’on sait reconstruire un habitat à énergie positive.
Le travail à distance n’est donc pas un épiphénomène considéré comme “une solution seulement acceptable pour les secrétaires qui veulent s’occuper de leurs enfants pendant leurs premières années”, c’est une tendance lourde de conséquences qui pourrait avoir un énorme impact sur notre aménagement du territoire.
Un tel changement n’est pas sans amener des résistances chez nos élus dont on connaît le manque chronique d’anticipation et de vision :
Planet Award est une communauté de consultants et développeurs spécialisés dans la transformation des métiers apportées par les technologies de collaboration
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