Comme vous devez le savoir, Bill Gates va cesser ses activités chez Microsoft pour se consacrer entièrement à sa fondation avec l’aide de sa femme. Je vous recommande de regarder la vidéo de cette conférence autour de la technologie collaborative Sharepoint.
On y voit le quotidien de Bill Gates qui montre qu’il n’est pas plus malin que « Monsieur tout le monde » malgré le déploiement des technologies dont il dispose : il va au bureau avec sa voiture et son cartable. Il dispose encore d’une assistante.
Plus loin quand on l’écoute, certains propos paraissent sensés sur le rôle du logiciel dans la productivité au quotidien.
Il évoque même le fait de réduire progressivement les besoins de présence physique dans l’entreprise. Cependant, il reste équivoque entre la messagerie et le collaboratif. On voit clairement qu’il joue là davantage un rôle commercial de promoteur des technologies du passé, en l’occurrence le serveur de messagerie Exchange, et de celle de l’avenir le collaboratif Sharepoint. On ne comprend pas non plus très bien la stratégie autour de l’interface Sharepoint pour les terminaux mobiles : pourquoi développer une interface mobile à un outil qui permet de collaborer efficacement à distance.
Bill Gates malgré sa fortune et sa formidable puissance dans le domaine du logiciel ne parvient pas à avoir une véritable vision pour le développement durable de notre planète. Sa fondation contre la faim dans le monde sera certainement moins utile que ne l’eut été de positionner sa société et ses développements dans la réduction de l’empreinte écologique.
Nous ne lui en voudrons pas plus car les technologies Microsoft demeurent de très bons outils pour supporter le travail à distance. Il est juste regrettable que le Chief Technology Officer ne l’ait pas davantage intégré tout autant qu’il ne croyait pas non plus à l’avenir d’Internet en 1995….
“La technologie est un moyen et non une finalité”.
Il est bon d’insister sur le fait que la technologie a pour finalité une transformation avec un réel retour sur investissement au travers d’une démarche productiviste ou économiste (dans le bon sens du terme).
Cette transformation est avant tout comportementale dans l’adoption de nouvelles organisations et nouveaux modes de travail.
Il s’agit certes d’une évidence, mais qu’il est bon de rappeler dans la mesure où elle est soumise à rude épreuve pour les raisons suivantes :
- Il y a toujours un clivage fort entre ‘opérationnels’ et ‘technologues’ du fait d’aspects psycho-sociaux (mais qui diminue au fil du temps);
- Pour un part importante, les grands programmes de transformation de ces dernières années se sont focalisés sur des mises en place technique et ont sous estimés l’essentielle conduite du changement qui est le véritable levier au retour sur investissement (et qui aurait permis de limiter le dit clivage);
- Il y a une profusion de nouvelles technologies qui peut saturer certains esprits ou qui transforment des hommes d’actions en hommes de veille permanente.
Néanmoins, l’effervescence ne remet nullement en cause l’apport indéniable des nouvelles technologies. Si elles sont nombreuses et évoluent très vites, si le choix est difficile, pour la première fois nous avons des réponses aux grands enjeux du 21ème siècle : mondialisation et transversalité des organisations, développement durable, productivité individuelle et qualité de vie personnelle, économie de la connaissance et des services.
Pour cela l’entreprise et ses managers vont évoluer, cela prendra plus ou moins du temps. Mais le mouvement est en marche vers l’entreprise 2.0. Il s’agira pour certains d’être en avance ou en retard.
C’est la question cruciale que pose l’étude lancée par Regus, le groupe Anglais qui développe le concept de bureau à la demande. Même si manifestement, Regus est directement intéressé dans la promotion de son modèle, l’étude (vous pouvez y accéder ici) pose de très bonnes questions auxquelles elle apporte des réponses très sensées.
Le concept de bureau a vu le jour il y a environ 100 ans à l’époque de la révolution industrielle. A cette époque l’échange d’information ne pouvait s’effectuer que par la proximité physique et les théories du management telles que le taylorisme et le fordisme faisaient l’hypothèse d’un besoin de contrôle visuel du salarié.
Les technologies de l’information ont apporté depuis bien des solutions pour relativiser le besoin du bureau. L’organisation du travail n’a pas pour autant suivi cette évolution et le concept de travail au bureau souvent situé très loin en temps et en distance pose la question double de la productivité et de l’impact carbone.
Selon l’étude menée par Tom Redman et la société JBA, étant donné leur taux d’utilisation actuel, nos bureaux sont responsables d’un excès de 1,186 millions de tonnes de dioxyde de carbone. L’utilisation de locaux pour bureau est responsable d’environ 40 % des émissions de carbone de l’Union européenne (trajets domicile-bureau et construction immobilière + infrastructures routières). Ceci relativise donc l’impact de la production industrielle (28%) et celui de l’habitat (21%).
Pour autant, le taux moyen d’occupation des bureaux diminue et représente environ 30 % du temps total. Les trajets contribuent à eux seuls à l’émission de 938 millions de tonnes de dioxyde de carbone par an dans l’Union européenne. En outre, 34 % des personnes travaillant au bureau ne sont pas sensibles aux différents gaspillages tels que laisser la lumière allumée ou consommer abusivement du papier.
L’élimination du travail au bureau n’est donc pas suffisamment prise en compte dans les solutions pour la réduction de notre empreinte écologique : c’est de toute évidence la solution la plus équilibrée entre les avantages économiques, le potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’amélioration de l’équilibre de vie des travailleurs du 21ème siècle. Elle donne enfin tout le sens au concept de développement durable de notre société en quête de réorientation dans ses pratiques. Gageons que l’année 2008 qui va démarrer puisse faire avancer les projets qui ont timidement vu le jour dans ce domaine en 2007 et faire de nombreux émules.
Une étude publiée par deux chercheurs de l’université de Pensylvanie et publiée dans le journal de la psychologie appliquée démontre que le télétravail a de nombreux impacts positifs. (accéder ici)
Ils font tout d’abord une synthèse de nombreuses études ayant conduit à des conclusions restées ancrées dans les esprits alors que les emplois et des technologies auxquelles elles faisaient référence sont aujourd’hui complètement dépassés. Ils déplorent que dans toutes les études menées jusqu’à présent, il n’est jamais été possible d’obtenir des conclusions même modestes.
A partir d’une analyse récente effectuée auprès d’un échantillon large d’environ 12 000 télétravailleurs, Ils dégagent un ensemble d’avantages vérifiés pour l’employé et pour l’employeur.
Pour l’employé, le télétravail conduit à plus de satisfaction dans la réalisation du travail. Il diminue également le stress et il améliore notamment l’équilibre entre vie professionnelle et vie de famille. Il développe l’autonomie souvent si recherchée par les employeurs. En revanche, les télétravailleurs soulignent, malgré tout, le besoin de maintenir des relations informelles sociales avec leurs collègues. Pour entretenir un bon niveau relationnel, ils utilisent de temps à autre des rencontres en face à face. Les éventuelles craintes de manque d’évolution de carrière ne semblent pas aussi importantes qu’initialement soupçonnées.
Pour l’employeur, outre les réductions de coût sur les surfaces de bureau, le gain observé le plus parlant est la meilleure efficacité de ses employés : ils atteignent ainsi plus facilement leurs objectifs que leurs collègues restant au bureau.
Cette étude rompt donc avec la tradition de toutes celles menées jusqu’à présent pour conclure que le télétravail est globalement positif. Au lieu de rester sur un bilan mitigé, elle invite donc à la mutation organisationelle et cherche même à se rendre à l’évidence que le télétravail n’a jamais eu autant d’avenir.
Alors que nos entreprises occidentales sont menacées par un déclin relatif de compétitivité face à l’Asie, il est crucial de développer le télétravail ! Faut-il pour cela le renommer pour rompre avec son image passéiste et négative ?
Une grève reconductible démarre ce soir et tout le monde pense qu’elle va bloquer l’économie française pendant une semaine. Cette grève porte sur le maintien d’avantages acquis pour prendre en compte la pénibilité lors des trains à vapeur en 1855. Aujourd’hui, l’innovation technologique a bien changé les conditions de travail des conducteurs de train mais elle a également changé celles des usagers. Une très grande partie des usagers des transports en commun est aujourd’hui constituée par des employés de l’économie de l’information. Alors que la technologie leur permettrait de travailler depuis chez eux sans dégradation de la qualité en utilisant Internet, ils continuent d’emprunter les transports avec des conducteurs qui eux pensent maintenir leurs avantages par leur caractère indispensable. Cette grève peut leur permettre d’amorcer une réflexion sur l’utilité réelle de leur déplacement.
Plutôt que d’essayer de résoudre ce conflit par tous les moyens de négociation, il est temps de communiquer sur le caractère non indispensable de se déplacer pour travailler. La grève devrait amorcer une réflexion sur la réorganisation plus large du travail.
La compétitivité de notre économie n’est en effet plus corrélée comme le prétend cet Article aux déplacements professionnels. Elle dépend bien davantage de notre capacité à tisser des liens sur toute la planète par le travail en réseau à distance.
Le travail 2.0 se définit comme :
- Travail en réseau avec création interactive de valeur. L’individu ne peut rester isolé dans sa création de valeur. Bien plus que le processus mis en avant dans les années 80, on parle aujourd’hui de travail en réseau interactif où la création de valeur vient de l’échange avec ses pairs.
- Travail neutre en carbone. Le récent Grenelle de l’environnement fait sourire par son déploiement de réunions ayant engendré des déplacements pour une production assez faible d’idées nouvelles. Il faudra bien pourtant innover dans ce domaine tant il est clair aujourd’hui que la planète n’est pas capable de soutenir nos modes de vie occidentaux généralisés à l’ensemble du monde.
- Travail résistant aux grèves des transport. La France en a grandement besoin. L’ampleur des réformes à mener dans la fonction publique doit absolument nous rendre indépendants de ces grèves.
- Travail sans retraite avec épanouissement et apprentissage continu. L’allongement de notre durée de vie met mécaniquement en faillite notre système de retraite. Il faudra donc changer l’image du travail aujourd’hui perçu comme une période pénible avant la retraite heureuse.
- Travail sans statut de salarié mais en logique d’entrepreneur. La flexibilité demandée par notre économie mondiale rend caduque bien des contrats de travail. Seules aujourd’hui, les grandes entreprises peuvent par leur taille résister à l’écart entre la rigidité du cadre d’emploi et l’agilité demandée par les clients. Or ces grandes entreprises ne sont plus les grands porteurs d’emploi.
- Travail fusionnel entre la technologie et l’homme qui permet d’associer le meilleur de chacun. La maturité vis à vis des technologies nous démontre que celle-ci ne remplace pas l’être humain mais elle lui permet de se dépasser à condition qu’il l’utilise à cette fin.
Au même titre qu’en 95 où l’on avait déjà vu s’amorcer des réflexions qui ont fait école sur “une autre façon de travailler”, cette grève doit permettre à chacun de faire un point sur son organisation du travail pour tourner enfin la page avec les grèves du 20ème siècle 7 ans après avoir passé l’an 2000.
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