Au même titre que le changement climatique dérange un certain nombre de groupes d’intérêts, le travail à distance qui suscite de plus en plus d’engouement aux Etats Unis et en Angleterre commence à attirer les critiques. C’est ainsi que l’on trouve un récent article qui fait référence à une étude qui démontrerait que le télétravail serait en fait plus émetteur de CO2 que le travail au bureau. Cette étude a été en fait réalisée par des consultants qui sont spécialisés en environnement mais qui ne connaissent rien de l’organisation d’un télétravailleur.
Dans la série, on peut raconter n’importe quoi et faire dire aux chiffres ce que l’on veut, on trouve le raisonnement suivant : Une personne qui travaille à son domicile toute l’année rejetterait ainsi 2,38 tonnes de CO2 dans l’environnement contre 1,68 tonnes pour un employé de bureau typique. Quand on voit que le simple fait d’un trajet domicile-bureau génère entre 2 à 3 tonnes de CO2 à lui seul, sans compter les émissions dûes à l’espace de bureau, on a un peu de mal à trouver le même chiffre que ce cabinet conseil Anglais.
L’étude continue dans l’absurdité, peu de domiciles sont équipés pour ne chauffer qu’une seule pièce, et donc en général c’est la maison qui est chauffée intégralement. WSP Environmental, nous fait encore plus rire dans son incompétence en annonçant que « même l’ébullition d’une bouilloire pour une seule personne au lieu de plus de gens peut augmenter l’inefficacité du travail au domicile vis-à-vis des émissions de CO2. » Cette étude oublie de dire que dans beaucoup de situations de télétravail, aucun bureau n’est utilisé : c’est notamment le cas pour les petites entreprises de télétravailleurs, pour lesquelles les transports domicile-bureau n’existent pas et pour lesquelles les bureaux des domiciles ne sont pas climatisés mais au contraire subissent une gestion bien plus sage que celle de la dépense énergétique des bureaux.
Ne vous énervez pas, ce genre d’article ne fait que témoigner du succès grandissant de ce mode d’organisation qui commence à faire peur à des groupes d’intérêt.
Depuis quelques années, les sociétés de service informatique confrontées à une érosion de leurs marges considèrent l’opportunité de délocaliser une partie croissante de leur développement en Inde ou plus généralement dans les pays où la main d’œuvre est de qualité et de surcroît très bon marché.
Au delà du calcul de rentabilité souvent mené superficiellement, cette approche est techniquement possible aujourd’hui avec la qualité des réseaux informatiques et les technologies de collaboration mais elle se heurte malgré tout à des difficultés réelles de mise en œuvre :
1-culture des développeurs qui vivent dans des conditions très différentes,
2-problématiques linguistiques alors que pour assurer les développements de qualité dans un délai court, il est nécessaire de se comprendre parfaitement et donc d’avoir l’habitude de travailler ensemble.
Cette délocalisation soulève en outre deux interrogations :
1-Pourquoi, le travail à distance n’était-il pas possible avec les prestataires dans l’hexagone alors qu’il devient attractif avec les Indiens ? le travail à distance effectué dans l’hexagone pourrait permettre de baisser les coûts d’au moins 30 % en employant des développeurs qui télétravaillent depuis leur domicile.
2-Que va devenir la compétence de développement informatique en France et quelle va être l’attractivité de la filière pour les écoles françaises d’Ingénieurs ? Il serait dommage également de suivre l’exemple des centres d’appels qui avaient été délocalisés plus tôt et qui reviennent maintenant dans l’hexagone en employant des prestataires à domicile pour retrouver de la qualité : mouvement de « homeshoring ». Dans le domaine du développement informatique, il ne sera en effet pas possible de faire de même car la montée en compétence est plus longue à retrouver.
A contrario, si les entreprises françaises acceptent de développer en France avec des prestataires travaillant à distance, elles permettent à ces derniers de développer leurs affaires non seulement en France mais aussi dans des pays pour lesquels les services informatiques sont réputés plus chers comme les pays anglo-saxons. Au lieu de faire partir la compétence, cette pratique permettrait de la développer.
Qu’en pensez-vous ?
Le travail à distance qui se développe avec l’explosion du haut débit sur tout le territoire national aura certainement un impact très important sur l’aménagement du territoire.
Alors que l’on prédisait une urbanisation infiniment croissante, cette nouvelle tendance pourrait bien contribuer à redessiner l’aménagement de notre territoire. Si la technologie ADSL n’a pas vraiment remis en cause le déséquilibre ville-campagne, il n’en est pas de même avec les technologies fibre optique et Wimax pour lesquelles le surcoût de la distance n’est plus aussi déterminant.
Il est déjà possible de bénéficier du haut débit dans les zones à très faible densité en mettant en place la technologie Wimax à l’image de Zevillage dans l’Orne. Cette approche d’aménagement aurait des vertus réelles en matière de respect de l’éco-système si l’on sait reconstruire un habitat à énergie positive.
Le travail à distance n’est donc pas un épiphénomène considéré comme “une solution seulement acceptable pour les secrétaires qui veulent s’occuper de leurs enfants pendant leurs premières années”, c’est une tendance lourde de conséquences qui pourrait avoir un énorme impact sur notre aménagement du territoire.
Un tel changement n’est pas sans amener des résistances chez nos élus dont on connaît le manque chronique d’anticipation et de vision :
Créée il y a 5 ans, à l’initiative de la Commission européenne, « la Semaine européenne de la mobilité a pour but d’influencer la résolution des problèmes de mobilité et de transports urbains et d’améliorer la santé et la qualité de vie des Européens ».
Organisé chaque année du 16 au 22 septembre, cet événement constitue une occasion idéale pour présenter au grand public des solutions de transport alternatives dans le but d’avancer sur la voie d’une stratégie européenne de transport plus durable. Un petit guide très didactique sur l’éco-mobilitée est édité pour permettre à chacun de réfléchir sur son approche des déplacements
On y trouve notamment un chapitre sur le “travailler autrement” mais nous ne pouvons que déplorer l’absence totale de réflexion sur la réduction du besoin de déplacement permise par le travail à distance.
Contrairement à nos amis anglais qui associent le développement durable à des formes innovantes d’organisation du travail, le guide ne propose que les transports en commun ou le vélo en substitution de la voiture. C’est déjà bien mais cela concerne de moins en moins de situations d’emploi : entre ceux qui ont dû s’éloigner pour abaisser le coût de l’immobilier et ceux qui travaillent dans un cadre Européen ou même mondial, il faut certainement trouver des alternatives plus adaptées telles que les technologies de collaboration à distance qui permettent tout simplement d’éviter les déplacements.
En effet, s’il est souvent fait référence aux économies d’énergie pour l’habitat, il n’est jamais fait allusion à l’économie de déplacement comme si la demande ne pouvait que croître indéfiniment. Nous pensons qu’au contraire le développement durable de notre économie passe par une mobilité de l’information sans qu’une mobilité physique soit nécessairement requise pour des échanges de services.
Planet Award est une communauté de consultants et développeurs spécialisés dans la transformation des métiers apportées par les technologies de collaboration
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